Christophe Cartier / Sébastien Susset-Mirochnikoff
Dessus-Dessous / Dessous-Dessus
L'installation dans le patio de la Medersa Slimania est constituée de 15 éléments de 240 cm sur 30 cm de large d'une épaisseur de 10 cm (un coffrage en contre plaqué de 10 millimètres posée sur un socle en contre plaqué de 30 cm sur 450 cm).

Elle se situe au centre du patio dans la diagonale de celui-ci. Lorsque le visiteur entre dans la Medersa, il est face à cette diagonale et voit un seul des 15 éléments. En fonction de son déplacement dans le patio, il découvre la succession des 15 éléments qui constituent dans la partie haute un panorama d'une succession d'images représentant une vue extérieure de la médina et dans sa partie basse une vue intérieure. Les 15 éléments sont disposés de telle manière qu'en fonction d'un certain point de vue, il laisse transparaître l'architecture du lieu.

Chaque panorama, le dessus et le dessous est constitué de 45 images, visions fragmentaires qui selon le déplacement du spectateur reconstituent une vision perspective cohérente.

Nous avons multiplié volontairement les différents points de vues au moment de la prise de vue sans volonté de tricher avec la mécanique de la photographie contrairement à ce qu'aurait pu nous offrir le couple mécanico-optique cinématographique (fluidité panoramique) plus éloigné, nous semble-t-il de la perception humaine.

L'ensemble des 15 éléments est recouvert recto verso par des images, ce qui permet au spectateur de tourner autour de la sculpture et donc d'observer en tout et pour tout 2 panoramas du dessus de la médina et 2 panoramas du dessous.

La diagonale de l'installation et la transparence qu'elle offre selon un certain point de vue sur l'architecture du lieu, invite le spectateur à se rendre dans la salle de prière, dont les portes ouvrent largement sur le patio.

L'installation dans la salle de prière prend particulièrement en compte la destination religieuse de ce lieu. C'est pourquoi les images sont posées au sol afin d'inviter le spectateur à s'agenouiller, ou pour le moins se baisser afin d'observer la quinzaine d'images posées au sol.
Ces images sont de grand format 100 cm/100 cm et figurent là aussi une vision du dessus et une autre du dessous de la médina.

En complément de ces deux installations nous réalisons un Cd-Rom (visible dans la salle de prière) destiné à prolonger notre imaginaire à propos de cette notion "dessus-dessous" proche de l'univers d'"Alice au pays des merveilles"

"Assise à côté de sa sœur sur le talus, Alice commençait à être fatigué de n'avoir rien à faire. Une fois ou deux, elle avait jeté un coup d'œil sur le livre que lisait sa sœur; mais il n'y avait dans ce livre ni images ni dialogues : " Et, pensait Alice, à quoi peut bien servir un livre sans images ni dialogues ? "...

" Brûlant de curiosité, elle s'élança à travers champs à la poursuite de l'animal, et elle eut la chance de le voir s'engouffrer dans un large terrier qui s'ouvrait sous la haie.
Un instant plus tard elle s'y enfonçait à son tour, sans du tout s'inquiéter de savoir comment elle en pourrait ressortir.

Le terrier était creusé d'abord horizontalement comme un tunnel, puis il présentait une pente si brusque et si raide qu'Alice n'eut même pas le temps de songer à s'arrêter avant de se sentir tomber dans ce qui semblait être un puits très profond.
Il faut croire que le puits était très profond, ou alors la chute d'Alice était très lente, car, en tombant, elle avait tout le temps de regarder autour d'elle et de se demander ce qu'il allait se produire. D'abord elle essaya de regarder en bas pour se rendre compte de l'aspect des lieux où elle allait arriver, mais il faisait trop sombre pour y rien voir ; ..."